Le vingtième siècle nous a fait découvrir l'existence d'une catégorie d'individus, pourtant active depuis très longtemps, mais qui n'avait pas encore été répertoriée : les idiots utiles.

Le cas d'idiot utile le plus connu en France est Jean-Paul Sartre. De retour d'Union Soviétique, il déclara que tout allait pour le mieux dans la patrie des prolétaires, mentant effrontément pour, disait-il "ne pas désespérer Billancourt". Regarder quelque chose et décrire autre chose, pourrait-on dire; et jouer ensuite au témoin impartial.

Plein de bonnes intentions, mais aveuglement volontaire quant à la réalité. Se voiler les yeux en étant sûr (ou en espérant) que ça va aller mieux plus tard si on le croit.

Il y en eut beaucoup d'autres, tels certains délégués syndicaux de bonne foi, mais leur nocivité  ne fut due qu'à leur nombre, en s'appuyant sur le témoignage de Sartre pour convaincre les militants.

Tout n'était pas faux dans ce que rapportait Sartre et selon certains modes de calcul on aurait pu dégager une majorité d'éléments positifs (tout comme à l'élection présidentielle où cinquante pour cent des voix plus une permet de mettre à la poubelle les cinquante pour cent des voix moins une).

Un boulevard s'ouvrait pour les idiots utiles de moindre pointure et nous donna l'inoubliable "globalement positif" de G. Marchais.

Le vingt et unième siècle me fait découvrir l'existence d'une nouvelle catégorie, pourtant active depuis longtemps mais qui n'a pas encore été répertoriée : les intelligents inutiles.

Mon observation, forcément partiale, m'en fait repérer beaucoup, mais pour ne pas montrer de favoritisme, je n'en citerai aucun. Tout comme les idiots utiles, les intelligents inutiles sont pleins de bonnes intentions, mais leur nocivité est aussi importante que celle des idiots utiles car, comme ces derniers, ils regardent  quelque chose et décrivent autre chose jouant ensuite au témoin impartial.

J'en suis là de mes observations, mais je n'ai pas les moyens d'analyse et de synthèse requis pour en arriver à une conclusion semi-définitive : je suis un idiot inutile, croisement des deux catégories susnommées.

J'ai cité trois catégories : les idiots utiles, les intelligents inutiles et les idiots inutiles.

Je voudrais rendre hommage aux intelligents utiles, ceux qui nous aident à penser de manière autonome. Ceux qui considèrent que le partage de richesses immatérielles, contrairement aux matérielles, n'appauvrit pas, que ce partage enrichit tant le donateur que le bénéficiaire. Ceux qui ne montent pas sur l'escabeau de leur érudition pour se sentir et tenter de nous faire sentir qu'ils sont supérieurs. Ceux qui partagent leur pain avec ceux qui partagent leur beurre.

Nous avons tous à apprendre de tous, surtout sur l'essentiel.